Reco DAKAR – BAMAKO, histoires africaines
Mise en ligne le 20/06/2010 par Mich
(swm)

   
   
« LPK recrute – Urgent…Du 20 février au 02 mars prochain je vais faire des RECOS au MALI.
Je recherche un assistant.. Les recos se feront au départ de BAMAKO vers DAKAR à moto
Vous devez : avoir un bon niveau moto TT, être en forme, quelques connaissances en navigation, vaccinés, ne pas redouter quelques galères,… »

Telle était en résumé la teneur de l’e-mail que Paul, addict 32 et organisateur de raids au Sénégal avait envoyé à ses contacts. Il n’aura fallu que quelques secondes à Angélique, mon épouse, pour m’inciter à sauter sur l’occasion et 20 minutes plus tard, mon avion était réservé, ça tombe vraiment bien, l’Afrique commençait à me manquer.

La maison du Père Noël

Si le voyage en avion est toujours aussi agréable et confortable le risque principal réside dans les quelques kilomètres en taxi entre l’aéroport et l’embarcadère vers l’île de N’gor. J’aurais tendance à penser que la traversée en pirogue n’est pas moins dangereuse mais pour me rassurer, je pense au nombre infini de transferts de jour comme de nuit et par n’importe quel temps effectué par ces virtuoses de la navigation que sont les piroguiers africains.
Enfin, on arrive avec nos sacs dans la maison de Cathy et Paul dont un célèbre journaliste de Moto Verte a écrit à propos de ce dernier qu’il était un Père Noël sans la barbe. Au fond, Guédaro  n’a pas tort : pour les cheveux blancs, pour l’absence de barbe mais aussi pour les rêves que véhicule l’image du Père Noël dans l’inconscient des enduristes dont chacun s’accorde à penser qu’ils resteront longtemps de grands enfants. Peut-être aussi pour la crainte que Paul inspire lorsqu’il veille au bon déroulement de ses expéditions et à la bonne tenue de ses machines et sans doute pour le stress que les raiders débutants ressentiront devant lui avant leurs premiers tours de roues en Afrique. C’est certain, si vous ne savez pas à qui envoyer votre lettre ce prochain 24 décembre, pensez à LPK, c’est un cadeau que vous ne regretterez pas.
Mais pour l’heure, place à la détente : la maison de Paul idéalement située sur une île paradisiaque est confortablement aménagée pour recevoir un groupe. Ce soir, Cathy, Paul, Jérôme leur fils, Miguel et moi, passerons une agréable soirée à déviser de tout et de rien bercés par le bruit de l’océan ce soir déchaîné.

Dakar – Bamako, de  -5 à +47 °C

Dire que le voyage en Pajero de Dakar à Bamako s’est passé sans histoire serait mentir :d’abord, en organisateur chevronné de raids en Afrique , Paul, surnommé par les locaux Monsieur Poul, commence a en avoir pas mal à raconter : sa seconde vie africaine, les anecdotes, les histoires  des participants, les galères, les ambiances des groupes, les personnalités rencontrées…
Ensuite, il y a les histoires de Douga, l’associé de Paul, surnommé « la vipère noire ». Contrairement à une habitude répandue en Europe, ce n’est pas à sa langue qu’il doit ce surnom qui, à l’en croire, est loin d’être usurpé. De longues années de pratique et d’expérience comme guide touristique auprès d’une clientèle européenne sensible aux charmes des autochtones body-buildés ont assuré sa réputation bien au-delà des frontières sénégalaises. Par bonheur pour les clients de Paul, il ne s’attaque pas (encore) aux motards.
Tamou, le cuistot, dont la taille heureusement petite l’oblige à occuper la place du milieu, reste stoïque, ne dit rien mais n’en pense pas moins : très discret mais redoutablement efficace, ses sourires en disent long sur son appréciation de nos conversations.
Enfin, il y a Miguel pour qui parler est  une fonction aussi vitale que respirer et qui, à lui seul aura comblé tous les silences parfois bienfaisants pendant ce trajet long de 1.300 kilomètres.  
La majorité du parcours en 4x4 se fera sur route asphaltée avec néanmoins quelques tronçons où il est nécessaire de slalomer entre des trous parfois énormes ainsi que quelques longs kilomètres de piste. Rouler la nuit étant incroyablement dangereux, il nous faudra donc deux jours ½ pour rejoindre Bamako sous une température déjà supérieure à 45°C. Heureusement, la clim fonctionne mais le choc thermique est important : la veille, en quittant la Belgique, il faisait – 5°C.

Vulgaire ?

La traversée de Kayes sera l’occasion de rencontrer un réparateur de pneus comme il en existe tant sur le bord des routes, arborant fièrement sur ses cachets et factures le nom de « Vulgarisateur  Pneumatique » : sans doute par ce titre ronflant voulait-il signifier ses compétences en vulcanisation…..
Etrangement, j’ai trouvé Bamako beaucoup moins polluée et animée que lors du raid  Dakar-Bamako-Dakar en 2007. L’explication nous sera donnée un peu plus tard : un policier a abattu un chauffeur de taxi et en signe de solidarité, ses collègues se sont mis en grève ce qui, dans une ville comme Bamako, diminue considérablement le parc automobile.
Au hasard, nous nous arrêtons dans une station service pour faire les pleins des motos, jerrycans, voiture et contrôler la pression de tout ce que notre convoi compte de pneumatique. Un arrêt de 15 minutes avant l’arrivée dans un confortable hôtel sur les bords du fleuve Niger. Après deux nuits de bivouac, deux chambres suffiront à notre bonheur pourvu qu’on ne soit pas avec Douga  dont l’odeur des pieds enfermés deux longs jours durant dans ses baskets ferait pleurer même les hyènes…...(d’accord, ça casse un peu le mythe…)
Déchargement et préparation des affaires et des motos, demain les choses sérieuses vont commencer. Sans taxis et les connaissances précieuses de leurs conducteurs, nous n’aurons pas la possibilité de retrouver le resto sympa découvert lors d’un précédent raid : peu importe, le resto de l’hôtel, correct mais sans plus, fera l’affaire. Nous découvrirons pendant le repas la signification de l’alliance Sénégalo-Malienne et la hauteur de la réputation de Douga lorsqu’il se fera appeler à la réception. De notre table, nous aurons vite fait de reconnaître……. la pompiste qui nous avait servi à notre arrivée à Bamako !  Douga nous avouera plus tard avoir été subjugué par la « boîte à vitesses » (comprenez la poitrine) de la belle pompiste, mais nous sommes convaincus que c’est le prestige de l’uniforme qui l’aura fait craquer…

Emeutes à Bamako

Lever tôt, petit dej  pendant lequel Monsieur Poul annonce la couleur : en complément de ses raids au Sénégal, et sur base des raids  Dakar-Bamako-Dakar organisés en 2007 et 2008, il veut proposer un parcours musclé entre ces deux villes. Il souhaite trouver de nouvelles pistes plus difficiles, éliminer les tronçons trop roulants, revoir le découpage des étapes, les liaisons de l’assistance et surtout enregistrer le parcours dans le Trippy II.
Et puisqu’il est question de couleur, il est temps de faire connaissance avec les motos qui sont mises à la disposition des clients LPK : des KAWASAKI KLX 450 R : esthétiquement très réussies, le vert Kawa judicieusement réparti se marie idéalement avec le blanc et le noir, couleur du réservoir Acerbis très design. Bien préparées par les Ets Jadoul à Rochefort, ces motos en parfait état semblent être taillées pour la piste : gros réservoir 16 litres, sabot moteur, protège-mains, support pour le Trippy, pneus conçus pour les raids,  rien ne manque. Soucieux du confort de ses clients, Paul a même poussé la perfection en installant sur quelques unes de ses motos des rehausses de guidon, les enduristes de grandes tailles apprécieront. Seule concession économique et logique :Paul a fait le choix de ne pas équiper ses motos de bib-mousse et tant les raids précédents que nos reconnaissances lui donnent entièrement raison. Les quelques rares crevaisons subies sont aussi l’occasion de juger le niveau de débrouille des participants, de la cohésion du groupe et l’occasion d’entamer une discussion au milieu de nulle part.
Départ de l’hôtel, on a 300 kilomètres d’autonomie, 4 litres d’eau, une collation pour le midi, on suit Paul pour sortir de Bamako. Traverser Bamako et sa circulation n’est pas le plus sécurisant pour découvrir la moto : un ralenti momentanément capricieux  un embrayage un peu moins progressif que celui de ma KTM, je cale comme un débutant et ça m’énerve. Pour couronner le tout, des bandes de jeunes surexcités par les évènements de la veille brûlent au milieu des carrefours et voies d’accès principales, pneus, bois et branchages et affrontent la police et un détachement de ce qui doit être des CRS maliens. C’est chaud, assez inquiétant mais nous passerons, parfois en forçant un peu, sans encombre.

Le poids de la distance

Les recherches de nouvelles pistes commenceront dès la sortie de Bamako : on quitte la route principale pour partir à l’assaut d’une colline derrière laquelle on espère retrouver une piste. Ca commence assez fort : de petites pistes rocailleuses, un relief assez accidenté, moi qui disais que rouler en Afrique n’était techniquement pas très difficile, si ça continue à ce rythme, je serai obligé de revoir mon jugement. On progresse mais pas au rythme espéré : des pistes qui ne mènent nulle part ou deviennent impraticables, de longs passages parfois difficiles surtout lorsqu’on doit les faire dans les deux sens, on jardine tant et plus et la température grimpe.
Alors qu’on rebrousse chemin sur un plateau pour s’extraire d’une zone infranchissable, Miguel crève de l’avant. C’est malvenu pour le timing mais on est presque content de cet arrêt imposé: il fait mourant et on est anéanti par cette fournaise incroyable. Heureusement l’ombre et un peu de vent nous donne une sensation de fraîcheur. Toutefois, la chaleur oblige Miguel, victime de vertiges, à s’allonger quelques minutes. On fait l’inventaire de ce qu’on a déjà bu, soit la moitié de nos réserves….
La recherche de pistes à la sortie des villages est souvent l’occasion d’un échange sympathique avec les habitants. Parfois comique aussi lorsque à la même question, nous recevons des indications de direction diamétralement opposées. En écoutant Paul discuter à l’africaine, j’apprends qu’ici, l’unité de mesure de la distance est le kilo, mais personne n’aura pu répondre à une question qui me torture l’esprit : quelle peut donc être dans ce cas l’unité de poids ?

Avec LPK, l’eau a le goût du champagne, la sardine celui du caviar

A mesure que nous progressons nous comprenons que jamais nous ne rejoindrons l’assistance avant la tombée de la nuit. Ouf, on arrive dans un village dans lequel on trouve des boissons relativement fraîches, ce sera Fanta pour Miguel, Coca pour Paul et Tonic pour moi, quel bonheur de sentir cette délicieuse sensation de fraîcheur. Chance pour nous, on trouve également de l’eau dont on achètera une dizaine de grandes bouteilles.
Ici, pas d’endroit pour dormir mais les habitants nous apprennent que Faladié est un gros village, dans lequel il y a du courant, une antenne GSM, une pompe a essence, une mission catholique, une boutique et un hôtel….yyyyeeesss, à nous la vie de château !!!
Avec beaucoup de motivation et nos dix bouteilles d’eau, on attaque les kilomètres qui nous séparent de cet eden pour motards épuisés. La nuit est tombée, on roule aux phares dont on s’aperçoit bien vite qu’ils sont beaucoup plus design qu’efficaces. Qu’importe, on adapte le rythme à la puissance des ampoules en éprouvant quelques difficultés à trouver ce gros village. Notre déception sera à la hauteur de notre motivation : pas de courant, pas d’eau, pas de frigo et….pas vraiment d’hôtel. On s’arrête à la boutique dans laquelle, à part des bonbons, on ne trouve rien à se mettre sous la dent. Le patron de la boutique, un mauritanien, est sympa, accueillant et très commerçant. Pour dormir, instinctivement, on évitera la mission catholique pourtant confortablement dotée et on préférera un campement dénué de tout. Trois pièces ressemblant à des cellules de prison équipées de paillasses pourries nous serviront de chambre au prix exceptionnel de 1.000 cfa par personne soit, 1.5 euros !!!
Notre voisin de chambrée est un vieux vétérinaire fort bavard qui s’obstine à nous parler moitié en français, moitié en anglais sans doute pour donner plus de poids à ses affirmations au sujet de ses études aux Etats-Unis. Il prend notre fatigue pour du désintérêt ou de la méfiance et nous déballe ses diplômes, certificats, laissez-passer et autres relevés estimatifs des bovidés de la région. Il est fier d’avoir convié ce soir un haut dignitaire du coin avec lequel il partagera un maigre repas. Le nôtre sera composé de la saladière Saupiquet de ce midi avec un morceau de pain sec, un vrai bonheur après cette difficile première journée.

On se lève tôt, trouvons assez d’essence pour parcourir les 200 kils qui nous séparent encore de l’assistance et commettons à ce moment une regrettable erreur : en Afrique, ne pas faire le plein d’essence lorsqu’on en trouve peut avoir des conséquences néfastes sur le déroulement de la journée. En suivant quelques waypoints, nous partons à la recherche d’une ancienne piste dans une forêt de bambous. Trouver le début de cette piste n’aura pas été facile, poursuivre notre progression encore moins. Alors que parcourue en 2007 et 2008, force est de constater qu’ici, la nature a repris ses droits. On perd un temps précieux et la température qui monte a vite fait de transformer ce lieu en véritable fournaise. La prudence pour les futurs clients de Paul nous incitera à renoncer à traverser cette forêt et nous retournons sur nos pas jusqu’à un village à partir duquel nous espérons trouver une nouvelle piste. La chaleur est étouffante et Paul rencontre quelques soucis de santé.
Nous nous arrêtons à l’ombre d’un arbre en bordure du village, très vite entouré de nombreux villageois qui remarquent assez facilement notre état d’épuisement. Paul s’écroule contre l’arbre et directement on nous amène des chaises longues pour que nous soyons confortablement installés. Pas d’eau potable hélas mais l’eau du puit amenée par petits récipients nous rafraîchit délicieusement. Accompagné par un gamin, Miguel et moi allons à la recherche de la boutique. 3 petites boites de sardines seront notre seul butin, rien à boire, rien d’autre à manger. De retour auprès de l’arbre salvateur, le cercle s’est agrandi : une vieille villageoise a eu pitié de Paul, peut-être de son âge, sans doute de son état : sans bruit, sans parole, elle dépose à ses côtés, une papaye que nous nous empressons de déguster. L’hospitalité et l’accueil des africains même lorsqu’ils sont dénués de tout n’est pas une légende et franchement, même si ce n’est pas très bon, ça nous touche profondément. Prévenu de l’arrivée de 3 toubabs, l’instituteur du village nous rejoint : il parle bien le français et l’échange est sympathique.J’arrache un sourire à Paul en lui expliquant comment les Africains ramassent les papayes (*).Nous sommes face à un choix difficile : continuer par la piste que nous indique les villageois avec le risque de tomber en panne d’essence et de ne plus avoir assez d’eau ou retourner sur nos pas vers Bamako et demander à l’assistance de revenir en arrière. Compte tenu des soucis de santé de Paul,  nous opterons pour ce choix prudent au grand dam (dam) de Douga pas vraiment ravi de refaire 300 kilomètres en arrière.
On retrouve le goudron à proximité de KATI où on attend l’assistance pendant que Paul recharge ses « batheries ». Affamés, on en profite pour attaquer les sardines accompagnées d’un peu de pain acheté sur place. Peut-être périmées, elles ont le goût du caviar et nous nous régalons. Un frigo à bout de souffle, refroidit quand il le peut quelques boissons tandis qu’un mécano doué et courageux nous donnera une leçon de réparation de chambre à air : couture et vulcanisation sont les secrets de la longévité de ces précieux accessoires.
Le soir au bivouac, au milieu de nulle part, après une bière bien fraîche en guise d’apéro, Tamou nous concoctera un extraordinaire spaghetti à la viande de mouton, improbable alliance de la gastronomie et de l’enduro, quel incroyable bonheur…

Pour le sourire des enfants

Retapés, nous attaquons la journée très tôt jusqu’au village qui nous avait si bien accueilli la veille. On connaît les pistes et le rythme, en plus d’être soutenu est assez élevé. Les Kawas se comportent admirablement bien et c’est un plaisir d’ouvrir en grand avec ce moteur qui semble ne jamais vouloir s’essouffler. Stables, rigides, des suspensions souples et bien accordées nous permettent d’atteindre des vitesses étonnantes, avec un sentiment rassurant de sécurité. On s’arrête à l’école pour le plus grand plaisir des écoliers qui, spontanément, entament un chant de bienvenue. Les instituteurs nous font part des difficultés  d’enseigner et d’être payé. Ce sont les villageois qui se cotisent mais ils n’ont plus rien perçu depuis 3 mois. « Mon salaire, dira un des instituteurs en guise de conclusion, c’est le sourire des enfants…. »

Bien que quelques noms de villages soient répertoriés sur nos GPS, leurs correspondances orthographiques sur les cartes dont nous disposons sont souvent plus qu’approximatives. Par ailleurs, ces cartes datant de ….1953… ne permettent pas de faire des relevés de coordonnées très précis. Il faut toute la science africaine de Paul, son habitude et son expérience, pour lire et interpréter ces données auxquelles, en européens, nous avons l’habitude de nous fier aveuglément. Pour cela, les meilleurs guides restent les villageois toujours heureux de nous voir et de nous renseigner.
Monsieur Poul, bien que convaincu jusqu’à ce jour qu’en aucun cas on ne peut faire confiance aux femmes africaines en matière d’orientation prendra aujourd’hui une bonne leçon. La seule a comprendre notre question est une mama en boubou qui insistera pour nous indiquer la piste jusqu’à la sortie du village : pour ce faire, elle n’hésitera pas à grimper en selle derrière moi. A n’en pas douter, elle en parle encore à ses copines….
Cette journée nous donnera un aperçu de ce que peut-être l’enfer : la traversée d’un plateau d’une soixantaine de kilomètres avec une température qui ne cesse de grimper pour atteindre 47°C nous déssèche et nous épuise . Hélas, la température de nos réserves d’eau suit la même courbe ascendante, c’est donc du thé à l’Isostar qui sort de l’embout de nos camel-back, sorte de cordon vital qui nous rattache à l’essentiel.
La formation d’une énorme cloche à la main droite commence à me faire regretter le confort des poignées de ma moto et c’est avec soulagement que nous couperons les moteurs après plus de 300 kilomètres de pistes.

Sur les traces du Dakar…

La journée d’aujourd’hui s’annonce grandiose et mythique : en effet, c’est sur les traces du Paris Dakar que nous évoluerons. Déjà parcourue en 2007, je croyais à l’époque à tort que les spéciales de ce rallye étaient larges, roulantes et rapides. Une nouvelle fois, je m’aperçois combien le tracé peut-être technique et difficile et j’ai du mal à imaginer les voitures et surtout les camions emprunter ces chemins à vive allure. Marches, descentes étroites et sinueuses, côtes techniques, c’est un condensé de ce qui rend le Dakar si difficile et les pilotes à l’arrivée si fatigués.
Bien que la caravane du Dakar ne soit plus venue au Mali depuis 2007, son passage est bien ancré dans la mémoire des villageois. J’ai la chance de fermer la marche de notre petite caravane et de traverser les villages quelques minutes après Paul et Miguel….soit le temps nécessaire à ce que les villageois alertés par le bruit des premières motos accourent en bord de piste. Avec des hurlements de joie « Dakar, Dakar », je suis applaudi et acclamé comme un héros… Aujourd’hui, le roi Peter, c’est moi et je profite pleinement de cette notoriété tout aussi exceptionnelle, que plaisante et injustifiée….
La journée se terminera sur de magnifiques enfilades rapides sur des pistes larges slalomant entre d’immenses baobabs et par des travers et glissades comme seul le territoire africain peut en offrir aux passionnés que nous sommes.
Maintenance des motos le soir au bivouac et changement du kit pignons – chaine sur la mienne. Mis à part les pleins et les vérifications d’usage, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire sur ces motos, même pas les filtres à air : il faut dire que nous laissons suffisamment de temps et de distance entre nous pour rouler hors poussière.

Les chutes….

… de Gouina

Il en va des raiders en Afrique comme des enduristes en Europe: lorsqu’à l’arrivée vous mentionnez avoir éprouvé quelques difficultés dans une côte, il s’en trouvera toujours bien un pour demander où était cette côte qu’il n’a pas remarqué sur ce terrain qu’il juge tellement plat. Emettez un avis sur un terrain gras, le même trouvera que c’est limite poussiéreux, faites remarquer en Afrique que vous en bavez tellement il fait chaud quelqu’un vous répondra « t’as chaud ? ben moi je trouve qu’aujourd’hui, il fait presque frais… j’me demande même pourquoi j’ai pris deux camel-back…. ». Qu’importe les commentaires, cette fois, je l’avoue, je puise dans mes réserves : il reste 20 kilomètres avant d’arriver aux chutes de Gouina et je me traîne comme jamais. Le terrain est technique et accidenté, je roule mal : debout j’ai trop mal à la plante des pieds en ébullition dans des bottes surchauffées, assis je roule comme Cucuracci et chaque pierre me fait perdre l’équilibre. Ca fait bien longtemps que je n’ai plus aperçu les feux arrières des motos de Paul ou de Miguel, j’ai envie de m’arrêter à l’ombre. Je me traîne péniblement jusqu’au WP pour découvrir le spectacle magnifique des chutes de Gouina. Débarrassé en quelques secondes du tout l’équipement moto, nous nous régalons de la fraîcheur de l’eau. Pas une zone d’ombre à l’horizon, pas un arbre, rien que du soleil, impossible de trouver un endroit pour casser la croûte : une seule solution étonnante qui nous ravira : manger dans l’eau. A condition de protéger ce qui dépasse hors de l’eau, on est au frais, on se réhydrate et on déguste notre ration sur une table improvisée.
Ok, on est bien, l’endroit est magnifique, mais faut pas qu’on traîne trop ici : ce soir, pas d’assistance, il faudra qu’on trouve un endroit pour dormir. Pour le découpage des futures étapes, Bafoulabé semblent être l’endroit idéal et, toutes proportions gardées, c’est l’endroit idéal. D’abord, il y a une boutique avec des boissons fraîches, de l’essence à quelques kilos et un campement confortable.
Un peu d’électricité, des chambres ventilées par un énorme ventilateur, et même une salle de bain dont malheureusement les robinets n’ont plus vu la moindre goutte d’eau depuis bien longtemps… Qu’importe, on nous amène des seaux d’eau chauffée par le soleil et un petit récipient fera office de pommeau de douche. Un luxe inoui après ce que nous avons traversé. Bien qu’aucun d’entre nous ne les aie utilisées, les toilettes méritent une petite description : en plein air, une zone de 6 m² entourée d’un mur d’une hauteur de 1.2 mètres, l’ensemble entièrement recouvert de carrelages sans doute blancs à l’origine. Au centre, un simple trou….
La gérante, bien sympa, nous fera diverses suggestions pour le repas : nous choisirons un «poulet, salade frites »  repas pour lequel elle enfourchera sa mobylette en direction du village, en quête des différents ingrédients. Les poulets ne profiteront pas très longtemps de leur dernière ballade en scooter : une certitude, la viande est fraîche….
La Flag est à bonne température et pendant cet apéro bien agréable nous rencontrons un agent de la DNF malienne…. Il est souriant, sympa, heureux et fier de nous montrer son véhicule de fonction, une Yamaha DTMX 125 de ….45.000 kilomètres ! Comme bien d’autres pendant ce séjour, il veut négocier l’achat d’une des Kawas de Monsieur Poul.
Le soir, le campement fait « boîte de nuit » à ciel ouvert et des colonnes de baffles arrosent la cour intérieure de sonorités africaines entraînantes.


Attend d’avoir traversé la rivière avant de dire que le croco a une sale gueule (proverbe ivoirien)

Comme d’hab, on se lève très tôt pour le plus grand malheur de Paul à qui cette heure très matinale rappelle des exploits qu’il doit parfois réaliser dans le cadre de sa profession. La gérante, toujours aussi sympa et souriante, est ponctuelle et a déjà préparé notre petit déjeuner. Sur la piste, nous croisons ou dépassons une multitude d’enfants qui se rendent à l’école. Chaque matin et chaque soir, ce sont de longs kilomètres à pied qu’ils sont obligés de parcourir pour avoir accès à un minimum d’instruction. Je repense à ces embouteillages qui sont quotidiennement créés aux abords de nos écoles par des parents qui n’envisagent même pas de déposer leurs enfants autre part que juste devant l’entrée.
Nous découvrons une épave de camion russe abandonné dans un village depuis la nuit des temps. La cabine sert de plaine de jeu et plus loin, le moteur et ses arbres à came servent de perchoirs aux poules. On ne peut s’empêcher de penser au destin des conducteurs de cet engin, peut-être va-t-on retrouver des uniformes, peut-être un vieillard blanc à l’accent russe. Paul évoque le fait qu’à cette lointaine époque, ils ont peut-être été mangés et soudainement, on ne regarde plus le sourire des gens qui nous entourent de la même manière….
Un morceau de bravoure nous attend : la traversée des motos en pirogue… Mieux vaut ne pas trop réfléchir : ici, personne ne connaît la profondeur exacte du cours d’eau que nous traversons et l’équilibre instable de l’embarcation me rappelle qu’avec mes bottes au pied et mon équipement je ne pourrai certainement pas nager longtemps. D’après ce dont je me souviens d’une épreuve olympique, ce n’est pas des maliens que je pourrai espérer de l’aide. Par chance, il n’y a pas de crocodiles au Mali, j’attendrai la fin de la traversée pour en être tout à fait certain. Paul regarde avec inquiétude son capital entamer la lente traversée. Si une des pirogues se retourne, c’est sûr que la Kawa servira d’abri aux poissons pour les années à venir.
Nous approchons de Kenieba et à mon grand étonnement, je me fais agresser par le conducteur d’un semi-remorque que j’avais eu le tort de prendre en photo sur une piste étroite, bosselée et difficile. Il descend de son camion, m’invective, m’arrache l’appareil photo des mains. Toute tentative d’explication semblant vaine avec ce chauffeur surexcité, je récupère mon bien de manière  aussi peu courtoise tout en profitant (lâchement) de la grande différence de taille jouant en ma faveur. Paul m’expliquera plus tard que nous sommes dans une région diamantifère peuplée de trafiquants assez  susceptibles et agressifs. De nombreux Hilux blancs patrouillent aux alentours d’une grosse société d’exploitation et confirment la tension qui règne dans ce coin du Sénégal.


Tout a une fin, sauf la banane qui en a deux….(proverbe sénégalais)

Le retour au Sénégal annonce la fin de cette belle aventure. Ce soir on remet les motos sur la remorque et on vide les dernières cannettes.
A l’arrivée à N’gor, on s’offre un délicieux repas dans un restaurant bien agréable ce qui marquera notre retour à une vie normale. Paul, en habitué des lieux, nous conseille l’Irish Coffee qui s’avère effectivement succulent .
Nous mettrons à profit la dernière journée pour faire la maintenance des motos et leur préparation pour le prochain raid. Ensuite, retour sur l’île pour récupérer nos bagages et comme on a quelques heures à tuer, on entame sévèrement les réserves de rhum de Monsieur Poul.
 
Voilà encore une belle aventure humaine, motorisée et africaine qui se termine, aventure pendant laquelle finalement, le plus difficile aura été de replier tous les matins la tente 3 secondes Quechua. Mais pour ça, si vous avez la chance de partir avec lui, vous pourrez compter sur Miguel, grand spécialiste de la chose et maître de stage pour Douga et Tamou dans cette discipline qu’il est le seul à dominer parfaitement. Inlassablement, il nous répétera à tous la procédure à respecter…mais en vain.
Un conseil toutefois : bien que son cerveau fourmille d’idées et de projets (toujours en moto et toujours en Afrique) Monsieur Poul a déjà atteint la cinquantaine…. Si une belle et véritable aventure en Afrique vous tente, ne tardez pas, il ne fera plus ça pendant des décennies…

Infos sur http://www.lespistesdekedougou.com

(*) avec une foufourche

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